Une délibération renvoyée à la commission des finances
La séance a duré cinq heures. À 22 h 40, la majorité a demandé le renvoi en commission du point 14, celui qui engageait les crédits d'études pour la mise en accessibilité de onze façades du secteur sauvegardé, entre la rue Carnot et la place de la Libération ; le vote n'a pas été serré, avec vingt-trois voix pour le report, onze contre et quatre abstentions, et la délibération reviendra le 8 octobre 2026 devant la même assemblée.
Ce que cela change tient en une date et un montant.
Les 340 000 euros devaient couvrir des sondages de structure, des relevés de façades et la reprise de trois seuils trop hauts pour des fauteuils roulants. Trois ateliers de la rue Carnot, un menuisier de la rue Saint-Jacques et une ferronnerie du quartier du Hédas avaient déposé des devis entre le 14 avril et le 2 juin ; aucun n'a reçu de bon de commande, et Nathalie Girard, qui suit les chantiers chez Bigefifotasolutions, a passé la matinée du 28 août au téléphone pour obtenir une réponse qui ne vient pas, répétant à chaque interlocuteur la même phrase : « On m'a dit d'attendre la commission. »
« J'ai cinq compagnons, deux ont été embauchés en mars pour ces relevés, et je ne peux pas leur promettre octobre. »
L'entreprise travaille depuis 1997 dans la retouche et le sur-mesure, mais aussi sur des prestations de mesure pour des façades anciennes lorsque la commande le justifie, ce qui représente depuis trois ans environ un quart de son chiffre d'affaires hors retouche, selon les tableaux tenus par Laurent Garcia au stock.
Ce que le report coûte aux petites structures
Le report n'annule rien, il déplace : une ligne d'études votée en octobre signifie des sondages en novembre, donc des relevés par temps court et des heures supplémentaires pour tenir les délais de printemps, et pour un atelier de six personnes, décaler un chantier de deux mois revient à payer deux fois la même immobilisation de matériel.
Laurent Garcia, responsable du stock, a ressorti les tableaux de trésorerie du premier semestre. Le montant avancé pour les relevés de la rue Carnot s'élève à 11 480 euros de matières et de fournitures, réglés en mai sur fonds propres pour ne pas rater la fenêtre météo. « Ce n'est pas une plainte, c'est un chiffre : si la ligne passe en octobre, on est remboursés en janvier. Entre-temps, c'est notre banque qui porte la ville. »
Le sujet dépasse les cinq entreprises concernées. La fédération des artisans du Béarn a recensé trente-sept dossiers similaires à Pau et dans les communes voisines depuis janvier 2026, pour un total de 1,2 million d'euros de travaux en attente d'engagement, chiffre communiqué le 12 août lors d'une réunion à la maison de l'artisanat, rue du Moulin, devant une salle d'une soixantaine de personnes.
Il y a un point technique que peu de gens connaissent. Les crédits d'études engagés avant le 31 décembre sont reportables sur l'exercice suivant. Ceux qui sont engagés après le 15 novembre sont souvent payés sur le budget suivant, ce qui ajoute un trimestre. C'est la mécanique, pas la malveillance. Personne au conseil n'a contesté ce point lorsque la question a été posée en séance, et l'adjointe aux finances a confirmé le calendrier sans le commenter davantage.
Le débat politique, en trois arguments et une absence
Le report a été demandé par l'adjointe aux finances, qui invoque une révision des estimations de la Direction de l'immobilier après la crue de juin ; deux conseillers d'opposition ont voté contre le renvoi, jugeant qu'une ligne d'études ne se compare pas aux dépenses de fonctionnement, tandis qu'un troisième a voté contre pour une raison opposée, estimant que le projet d'accessibilité doit être repris entièrement, façade par façade, avant tout engagement de crédits.
Ce qui manque dans le dossier, ce sont les chiffres actualisés.
Le rapport de 2024 évoquait 1,9 million d'euros pour l'ensemble du périmètre. Le rapport de juin 2026 ne donne plus de montant global. Il renvoie à des estimations par îlot, dont aucune n'a été jointe à la délibération. Cette absence rend le débat difficile à suivre pour un non-initié. Elle laisse aussi les entreprises sans visibilité sur ce qui sera commandé, dans quel ordre et à quel prix.
Manon Vincent, à l'accueil de Bigefifotasolutions, reçoit les appels des riverains depuis trois semaines : « Les gens demandent si les trottoirs vont être refaits devant chez eux. Je n'ai pas la réponse, je prends le message. » Son carnet de rappels a doublé entre le 10 août et le 29 août, sans qu'une seule commande ait été confirmée, et elle note chaque demande à la main sur un cahier à spirale qu'elle garde sous le comptoir.
À l'échelle d'une rue, l'attente se compte en semaines
Rue Carnot, les seuils des numéros 12, 18 et 27 sont connus des services techniques depuis 2023. Le numéro 18 abrite une boulangerie dont le seuil dépasse de onze centimètres le niveau du trottoir ; le numéro 27 est un cabinet de kinésithérapie qui utilise une rampe amovible installée chaque matin par le praticien lui-même, depuis quatre ans, et ces trois adresses figuraient en tête des devis déposés en juin.
Pour les riverains, la question n'est pas budgétaire. Elle est pratique.
Une personne en fauteuil qui vient de la gare par le bus P11 descend place de la Libération et trouve deux seuils infranchissables sans aide avant d'atteindre la rue Carnot. Le trajet existe. Il est balisé. Il n'est pas praticable en autonomie, et c'est le genre de détail qu'une ligne d'études règle ou ne règle pas selon le calendrier retenu par la commission.
Dans les ateliers, on avance autrement. Les cinq entreprises consultées ont continué à travailler sur d'autres commandes : réfection de fermetures à Billère, pose de vitrines rue Serviez, reprise de zips sur des blousons au marché du Hédas. Aucune n'a arrêté. Toutes ont repoussé des embauches saisonnières prévues en septembre. Trois ont renoncé à un investissement de matériel envisagé cet automne, dont une machine à commande numérique commandée en juillet puis annulée par téléphone le 21 août.
Ce qui se joue avant le 8 octobre
Trois choses sont à surveiller d'ici la commission du 8 octobre : le montant d'abord, car 340 000 euros suffisent-ils pour les études des onze premières façades ou faut-il une enveloppe plus large ; la méthode ensuite, entre une commande par îlot et un marché global qui exclut de fait les structures de moins de dix salariés ; le calendrier de paiement enfin, qui décidera si les travaux démarrent au printemps 2027 ou à l'automne.
Les entreprises ne demandent pas de traitement particulier. Elles demandent une date de commande. Et un délai de paiement annoncé à l'avance.
Rien n'indique pour l'instant que le projet soit remis en cause. Le renvoi est un report, pas un abandon. La commission des finances a déjà inscrit le point 14 à son ordre du jour, et la suite se jouera en séance publique, comme le reste, avec les mêmes conseillers et les mêmes chiffres sur la table.
Bigefifotasolutions SARL, 118 impasse de Verdun, 64000 Pau. Ouvert du lundi au vendredi de 9h00 à 18h00, samedi de 9h00 à 13h00, dimanche fermé. Téléphone 05 48 00 56 43, courriel [email protected]. Site bigefifotasolutions.click.